Journaliste Comptable de la désinformation qui tue

Qu’attendre de l’objectivité de la presse, des médias dits classiques ou traditionnels aujourd’hui dans le conflit israélo-palestinien ?

Dans une société de plus en plus ouverte à l’information sous l’impulsion d’internet, on pourrait penser que l’objectivité médiatique est d’autant plus garantie que l’accès libéré permet la contradiction. Seulement, c’est faire ici un vœu pieux. En effet, si les médias sont soumis à l’entièreté accessible des informations d’origines il n’en demeure pas moins ici, que certains principes fondamentaux leur font cruellement défaut.

Autrefois, dans des temps qu’on voudrait voir lointains, la définition du métier de journaliste s’appuyait sur la transmission d’une information de façon factuelle, objective, sans aucun état d’âme ni parti pris pour les protagonistes de ladite info. Aujourd’hui, sous l’impulsion d’une corrélation de plusieurs causes, on peut déplorer que cette tâche parfaitement dévoyée, a définitivement annihilé cette définition. Ainsi, le journaliste d’hier rapportait des faits et laissait le lecteur se faire une opinion ; aujourd’hui le journaliste contemporain se veut censeur et moraliste, adaptant son langage, non aux faits eux-mêmes mais à ce qu’il perçoit être une réalité issus de ses propres convictions.

On peut aisément postuler que tout à démarrer dans les années 80 où on s’est aperçu de l’effroi des spectateurs voyant s’engloutir une enfant sous les yeux avides et voyeuristes des caméras impitoyables qui filmaient la mort en direct. Ce choc a d’ailleurs valu un slogan en France : « le poids des mots, le choc des photos ». Et depuis ceci n’a cessé de s’accroître, réservant les « bonnes images » et suspectant de ce qui est bien ou mal. Dans cette optique, toute la responsabilité n’est pas, pour le traitement d’information du conflit israélo-arabe, entièrement dévolue aux journalistes.

Il faut, avec une part d’honnêteté, repenser la victimisation au joug médiatique dans une atmosphère beaucoup plus large, car imaginer que seuls eux, sont coupables, c’est couper une branche d’un arbre dont le tronc est lui-même malade.

Tout d’abord, l’influence politique liée aux intérêts des nations est largement source de déviance journalistique afin de ne pas heurter. On vient souvent nous parler de la liberté de la presse mais cette liberté est-elle réelle ou virtuelle ? Pour ma part je pense qu’elle n’est ni réelle, ni virtuelle. Un éclaircissement à ce niveau est donc nécessaire.
1 -Elle n’est pas réelle car, bien qu’on voudrait s’en défendre l’indépendance journalistique, encore plus aujourd’hui, où la presse subit de plus en plus de difficultés financières, est dépendante directement de ses actionnariats pour les agences. Ainsi, l’AFP développe son information, reprise en boucle comme étant un relai entre les faits et les médias diffuseurs, avec des partenaires financiers tels que le Qatar, qui influence indubitablement sur le contenu des messages.
2 – Elle est virtuelle car les diffuseurs médiatiques s’accommodent d’autant plus de ce message qu’ils savent parfaitement tronqué, qu’ils subissent également les affres de leur partenaires financiers, c’est à dire les loueurs d’espaces publicitaires, à prix d’or, qui permettent leur subsistance. Perdre un gros contrat avec l’un de ces pourvoyeurs pour quelques lignes d’un article à 4 heures d’avion minimum n’est pas un luxe qu’ils veulent se permettre, même au pris d’une indépendance qu’ils revendiquent, même au prix d’une honnêteté dont ils se parent fièrement et de façon criante pour autant s’en convaincre eux-mêmes que leurs lecteurs.

Ceci étant posé, ces nouveaux journalistes, dont le courant a pris son envol au cours des années 80, avec la popularisation d’une presse toujours plus sensationnelle, d’un spectacle médiatique, s’est également arrogé peu à peu de transformer sa mission non plus en simple transmetteur des faits mais en nouvel intellectuel libre penseur, qui s’exprime et donne son avis, autant dans des émissions politiques où il prend alors le statut d’analyste, politologue, historien, scientifiques, économiste ou philosophe ou encore dans des émissions beaucoup plus fantaisistes où l’on feint de débattre et qui ne sont finalement que des shows populaires où l’on fait croire à un débat sérieux dans le but d’affirmer son intellectualité participative ou flatter le spectateur moyen qui croit ainsi, être entré au panthéon de la culture et de la connaissance.

Forte de revendiquer son indépendance, elle s’arroge également le rôle de contre pouvoir face à l’Etat, comme si la presse, outre son rôle d’information, avait une mission quasi mystique. Elle se pare de ses plus belles couleurs et courtise aussi bien les acteurs économiques de premiers plan que les politiques en tous genres, avide du scoop qui lui ouvrira les portes d’un Politzer ou mieux encore, l’élèvera au rang de star du public. Les liaisons dangereuses avec la classe politique qui flattent ces journalistes pour recevoir le meilleur papier, l’image ayant une importance aujourd’hui vitale dans ce monde de paraitre, on flatte l’égo de ces personnages ambigus qui n’ont plus intérêt à livrer la vérité factuelle mais LEUR vérité telle qu’ils la conçoivent.

Ainsi, sous la pression des intérêts financiers propres aux médias d’une part mais également des enjeux politiques, économiques d’autre part, le journaliste s’aventure toujours un peu plus sur le terrain glissant du parti pris au détriment de l’information mais qu’importe, que risque t-il au final ? Rien, si ce n’est une petite masse qui aura étudié le sujet et qui voudra crier Ô scandale face à cette supercherie. Ils (les journalistes) n’auront d’autant moins de mal à démonter l’argument qu’en Israël même des nouveaux historiens, sous l’impulsion de Benny Morris,  ont refait l’histoire pour mieux l’adapter à la réalité telle qu’ils la percevaient et non telle qu’elle était, dans le but d’aider à la construction de la paix. Ce courant dit  d’historiens nouveaux a juste fait naitre une déculpabilisation totale dans le conflit A nouvelle interprétation de la Nakba et traitant ainsi des sujets d’Israël depuis son indépendance à aujourd’hui comme le reflet d’une contre-vérité, niant parfaitement la négation du plan de partage de l’ONU en 1947 ou mêmes les avertissements arabes de l’époque sur le jihad qui couvrirait la terre de l’ex Palestine mandataire.

Il n’en fallait pas plus à ces journalistes, alors même que ces idées fusaient dans tous les sens dans les années 80, en plein essor, pour les déculpabiliser de déconstruire la réalité des faits. Ajoutez à cela les causes précédentes et vous avez l’ensemble qui produit cet amas d’effets.

Au cours de l’été 2014, une association américaine de journalistes a reconnu timidement deux faits :
1. la transmission des informations sur les faits réels était tronquée, par la pression du Hamas notamment qui menaçait voire expulsait les journalistes qui ne se conformaient pas aux règles que cette organisation terroriste qui dirige la bande de Gaza appliquait.
2. Qu’outre le risque mortel de développer une information contraire à la volonté du Hamas, il existe une ambiance particulière à Jérusalem, dans les locaux de presse. Ainsi, était dénoncée cette caste médiatique qui tourne autour d’une idéologie qui se veut volontairement pro-palestinienne, faisant écho aux desiderata du « palestianisme » ambiant.
Il est d’ailleurs reconnu, dans cet aveu de septembre 2014, qu’en qualité de journaliste « si tu n’es pas pro-palestinien alors tu es vite viré ».

Dans cette atmosphère où, par souci de réduction budgétaire, on retrouve des locaux employés sur place pour remplir la mission d’information à l’économie, on peut ainsi voir de plus en plus de palestiniens photographes, cameramen ou simplement journalistes palestiniens employés par des organismes tels que l’AFP, tout comme on se souvient également que le rédacteur en chef du traitement de l’information du Moyen-Orient au journal Le Monde n’est autre que l’époux d’une ancienne collaboratrice de Mahmoud Abbas au sein de l’Autorité Palestinienne où elle remplissait des missions ministérielles.
Comment, à ce titre, peut-on ainsi garantir le traitement d’une information de façon juste, équilibrée et surtout indépendante ?
Avec les événements des dernières semaines, le spectre de la désinformation reprend du service. Le traitement tronqué de l’information est devenu tellement une entreprise de communication en relais de l’Autorité Palestinienne, qu’il ne s’embarrasse guère de prendre une forme plus diplomatique.

Qu’importe puisque l’idéologie a pris le pas ?
Qu’importe de détourner l’information au profit de théories fumeuses faisant disparaitre l’histoire et les faits sous des chiffres qui donnent le vertige sans les expliquer ?
Qu’importe que l’on garantisse encore plus de pouvoir et de légitimité à l’oppresseur réel du moment qu’on sert SA propre vérité idéologie et non un état factuel des choses !

Je ne livrerai que deux exemples car ils sont si multiples qu’on pourrait en écrire en ouvrage en dizaines de volumes.

« un palestinien abattu  par Tsahal pour avoir légèrement blessé un soldat »

(attaque au couteau perpétrée qui occulte totalement la gravité du geste et tend à marquer la disproportion des faits, du côté israélien).

« Corbeil : attaquée, une policière abat son agresseur »

(blessée au couteau, avec au-dessus du titre de France-Soir, en jolis caractères jaunes vifs « légitime défense », on parle ici d’agresseur et non de victime, mais ça c’est en France).

Non seulement le journalisme a perdu son âme mais il s’est tant vautré et corrompu dans le mensonge au point qu’un jour, il devra rendre des comptes lui aussi. Peut-être pas spécialement aux personnes elles-mêmes (qui sait.. !) mais en tout cas l’histoire cette fois-ci avec un grand H lui demandera des comptes.

Avec l’aimable collaboration de Jonathan E.

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